PAR DELÀ... (2021)

à Michèle DEBONNEUIL - Editions Leduc
clarinette basse, percussion et piano - durée : 11’
commande : Radio France et L’Ensemble InterContemporain
création : 9 février 2022, Festival Présence 2022, studio 104, Maison de la Radio, Paris
Alain BILLARD (clarinette basse), Aurélien GIGNOUX (percussion) et Hidéki NAGANO (piano)

 

Note de programme

Par delà... suit une vaste trajectoire ascendante du grave vers l'aigu, chemin parcouru de saisissants contrastes et dont la matière sonore est sans cesse colorée. Comme toujours chez ce compositeur, cette pièce est structurée de façon claire et distincte : en trois parties, dont chacune témoigne d'un aspect important de l'esthétique d'Allain Gaussin : les influences du Japon, la dimension mélodique qui est traditionnellement absente du spectralisme, l'agilité dynamique de figures rapides et enfin le travail harmonique.

Dans la première partie, la grosse caisse stylise l'un des procédés spécifiques du gagaku japonais. Cette figure rythmique est colorée par un roulement grave au piano et des mouvements ondulatoires à la percussion, le tout enveloppé par le souffle de la clarinette basse qui enchaîne alors une longue phrase musicale.

La deuxième partie déploie des “figures rubans” exubérantes qui, proliférant, évoquent “l’extraordinaire mouvement chorégraphique d’une multitude d'étourneaux dans le ciel”.

Enfin, la dernière partie développe un contrepoint entre piano et vibraphone pour s'élargir en une “polyphonie flottante” évoluant vers un “vertige harmonique” et s’achever lentement vers l’extrême aigu, avec le timbre scintillant d’une paire de cymbales tibétaines.

 

par delà...

par delà, l'invisible
la route fièvre, inerte,
évapore le grain aveugle de l'oubli

par delà, la lumière cristallisée
l'eau fragile, sporadique,
vide le chant vierge du moi

pour vivre l'Instant en rêve
         pour fondre l'ictus du regard

3A         

 

... tels sont les vers d'Allain Gaussin que figure sa nouvelle œuvre. S’il écrit “par delà” sans trait d'union, comme dans le Par delà le bien et le mal de Nietzsche, ce titre restera pour son auteur “le point de départ d'une profonde douleur” dont la trajectoire de l’ombre à la lumière et les contours mènent à “une sorte d'espoir”. Alors, au-delà du statisme onirique de ces vers, l'œuvre se déploie comme le vol des oiseaux et se prolonge dans l'immatérielle pureté cristalline des sons et la scintillation, jusqu'au firmament.

Léonard PAULY

 

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